Forces Connexes: Quand danse et science s’entrechoquent

Crédit photo : David Wong

Ah, la danse contemporaine. Cette chère danse contemporaine. Je t’avouerais que c’est un peu une histoire d’amour/haine entre elle et moi. Je l’adore, mais à chaque fois que j’assiste à un de ses spectacles, je sors de la salle la tête pleine de questionnements.

Ce, jusqu’au moment d’assister à Forces Connexes, programme double où 2 courts numéros de danse bien distincts entrent dans une complémentarité surprenante sous le thème de la science.

Dès mon arrivée à l’Édifice Wilder, nouvel espace danse de la compagnie Tangente, je suis émerveillée par la beauté de l’endroit: avec son architecture audacieuse et ses matériaux bruts révélés sous des lignes bien distinctes, il y a ce je ne sais quoi qui nous plonge immédiatement dans un univers artistique qui semble prôner l’innovation. Dans la salle, on y retrouve la même atmosphère: une lumière verte et une fumée feutrée tamisent l’espace de danse situé à même le sol.

Quelques mots sont prononcés par le Directeur général Stéphane Labbé, qui semble fébrile à la toute première représentation de Forces Connexes. Rapidement, il laisse place au spectacle.

[Decoherence]

Sous une chorégraphie de la Torontoise Jessie Garon, les deux danseurs, Jarret Siddall et Guillaume Biron, se lancent sur l’espace scénique avec assurance. Vêtus complètement de noir et chaussés de grosses bottes de travail, il y a quelque chose d’authentique, de brut qui se dégage d’eux. Leurs pas synchronisés captivent, hypnotisent dès le premier instant.

Le silence plane.

Interprétant littéralement et métaphoriquement l’interactivité atomique entre les corps, en créant respectivement chacun un atome pour ensuite former ce qui semble être une molécule, les danseurs se livrent dans une exécution de mouvements où leurs corps sont constamment en parfaite symbiose. Courses circulaires, vibrations et chutes dessinent la chorégraphie. Facilement, nous pourrions croire qu’une arène se crée. Or, ce n’est pas le cas, les danseurs établissant une connexion tangible plutôt qu’un affrontement.

À travers ces mouvements, une intéressante sonorité se crée: le couinement de leurs semelles sur le plancher de bois vernis apporte cette densité sonore nécessaire lorsque nous sommes plongés dans le silence.

En avançant dans le numéro, une musique sourde et plus tard de guitare accompagne les mouvements des danseurs. Impressionnants, les deux hommes exécutent des figures poussant le corps humain à dépasser ses limites, créant un esthétisme aussi lourd que volatil.  

À travers ce court numéro, je me laisse porter par cette force invisible, mais palpable, qui cohabitait les danseurs.

ENTRACTE.

By the skin of your teeth

De retour dans la salle, les deux danseuses, Marine Rixhon et Anne-Flore de Rochambeau, vêtues de noir à leur tour, sont déjà sur scène : parallèles l’une à l’autre, elles agitent les bras de droite à gauche à un rythme constant. J’ai l’impression qu’elles oscillent entre deux mondes, entre deux univers.

Le deuxième numéro commence en nous plongeant dans le noir. Une musique subtile s’élance, permettant aux deux interprètes d’établir un nouveau rythme avec leurs bras. Le même mouvement se perpétue un certain moment. Un cercle se dessine alors au sol, créant drôlement l’illusion d’être dans l’espace.

Cet élément semble bien choisi par le collectif [LE] CAP et Parts + Labours_Danse, créateur du spectacle, ayant comme thème clé le phénomène des trous noirs et l’ascension de l’Everest. Si [Decoherence] nous montrait la liaison des corps, By the skin of your teeth choisit plutôt d’illustrer une liaison de deux corps qui semble se rompre.

Sous des mouvements bien exécutés, le duo féminin trouve appui l’une sur l’autre, danse avec synergie, crée un déséquilibre parfait avec souplesse. Le jeu de lumière utilisé est un élément fort du spectacle. Ce dernier permet de projeter les silhouettes des danseuses sur le mur du fond, créant l’illusion qu’il y a quelque chose de plus grand que nature qui nous entoure. De plus, en conséquence de leur position sur l’espace scénique, les silhouettes sur le mur se multiplient et viennent parfois s’entrechoquer, illustrant ce qui me semble être la rencontre entre deux mondes.

Si un temps mort semble planer au beau milieu de numéro, il faudra attendre plus tard pour comprendre sa nature : une des danseuses se lance dans un dialogue avec le public, racontant l’histoire dramatique d’une ascension vers le sommet de l’Everest qui finit par mal tourner. Elle explique qu’elles s’entraînaient, s’entraînaient « pour aller là où les corps meurent ». Cependant, ce segment est difficile à lier avec le début du numéro qui se voulait traiter des trous noirs.  

Somme toute, Forces Connexes est un spectacle où le déséquilibre et la force humaine sont bien exploités, où des interprètes sincères maîtrisent avec perfection la gestuelle de leurs corps.

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