Des horizons d’attente : toutes ces façons d’imager l’incertitude

De février à septembre, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) présente l’exposition collaborative Des horizons d’attente, qui fait écho au bassin d’inquiétudes né de la COVID-19, même si la grande majorité des œuvres ont été créées avant 2020. Le Culte s’est réjoui de la réouverture des musées et y a mis les pieds.

Pour la presque totalité des 21 artistes à l’affiche, l’exposition est une première rencontre avec le MAC. Le musée a misé sur des noms émergents et issus de la diversité culturelle : on note dans Des horizons d’attente, entre autres, une grande présence autochtone. Nos yeux, de pièce en pièce, s’arrêtent sur des photographies, broderies, gravures, toiles, vidéos et installations diverses. Ils témoignent tous d’une prise de position, souvent le fruit d’une préoccupation politique ou sociale. Un tout étourdissant, mais nécessaire.

L’utilisation de surfaces réfléchissantes exige des visiteurs et visiteuses un rôle actif. L’artiste multidisciplinaire Kapwani Kiwanga s’inscrit dans cet échange avec Jalousie, son imposante création dépliée en paravent qui marie grossièrement miroir et acier. Un peu plus loin, Cindy Dumais attire elle aussi l’attention avec Dialogue III : Regarde le miroir, qui mêle la littérature aux arts visuels. En minuscules caractères gravés sur un miroir, Dumais fouille le rapport au corps et les inconforts qu’il peut susciter. L’œuvre force à pencher la tête et à plisser les yeux : l’investissement est garanti, et apprécié.

Une des salles de l’exposition ne se consacre qu’à un artiste, le photographe Yan Giguère. Elle accueille son énorme composition Visites libres, coup de cœur d’Horizons d’attente. Sur trois murs, 259 clichés sont disposés de manière à créer de grandes fresques qui débordent d’authenticité. Le but, ici, n’est pas l’atteinte obsessive du beau ni de l’admiration de ceux et celles qui regarderont. Ce sont plutôt l’humain, le vrai et même le laid qui prévalent. Bibelots, espaces vacants, temps gris : l’aura de l’œuvre, qui frise la déprime, est familière et étrangement rassurante. Le déplacement au musée, pour ce photographe seulement, en aurait valu la peine.

L’importante quantité d’œuvres, et surtout l’hétérogénéité des causes qu’elles endossent, font toutefois du fil conducteur de l’exposition une entité qui n’est pas simple à saisir. Les intentions de la commissaire Marie-Ève Beaupré auraient pu bénéficier d’une plus grande clarté sur le fond. Elles sont cependant nobles et représentent une porte d’entrée au MAC pour grand nombre des exposé(e)s : c’est précieux.

L’exposition Des horizons d’attente prend fin le 19 septembre 2021.

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Auteur Noémie Rochefort

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