Consentement : intelligent et nécessaire

(Crédit photo: Récupéré du site de la compagnie Jean-Duceppe)

Un an après le mouvement #MeToo, il serait facile de penser que tout cela était prévu. La vérité est que la pièce Consentement présentée au théâtre Jean-Duceppe a été écrite avant, avant les vagues de dénonciations de 2017. Pourtant, elle est tout aussi pertinente, tout aussi intelligente et tout aussi nécessaire.

L’histoire que raconte Consentement en est une d’ambiguïté. Deux couples d’amis, dont la majorité d’entre eux sont avocats, voient leur vie basculer, alors que des trahisons et des adultères refont surface dans leur vie. En marge, un procès pour viol plaidé par un des protagonistes apporte son lot de répercussions dans différentes sphères de leur vie. Ainsi, la pièce porte bien son nom. La notion de consentement est explorée sous toutes ses coutures, sans gêne ni retenue. Le consentement, dans un cas de viol plus « classique », est abordé, mais aussi celui à l’intérieur même d’un couple. Des questions difficiles comme la vengeance, la trahison et l’empathie sont aussi explorées dans cette pièce de Nina Raine traduite par Fanny Britt.

Consentement aurait pu être une pièce condescendante, qui dit quoi penser, qui explique ce qui est bien ou mal. Pourtant, c’est une oeuvre qui refuse de prendre son public comme moins intelligent qu’il ne l’est réellement. Malgré la dure réalité des sujets abordés, jamais la pièce ne force un spectateur à adopter une opinion. Les nuances apportées font en sorte que, sans être l’avocat du diable, Consentement permet de voir tous les côtés de la même médaille. Alors que le mouvement #MeToo a été très polarisant, il est définitif que la pièce n’aurait pas été la même, si elle avait été écrite par après. Beaucoup des nuances auraient été perdues.

Le moment phare de la pièce reste, tout de même, l’instant où les interprètes féminines unissent leur force pour retourner un mur du décor et ainsi découvrir que celui-ci est recouvert d’affiches de manifestations pour le droit des femmes et contre le viol, mais aussi de vraies phrases ayant réellement été dites dans de vrais procès pour viol. Il s’agit d’un moment franchement touchant qui n’a laissé aucun spectateur de glace.

Il est certain que dans une pièce comme celle-ci, il faut souligner le jeu des acteurs. Être capable de canaliser ce genre d’émotions est un défi que les interprètes ont relevé avec brio, notamment David Savard et Anne-Élisabeth Bossé, dans les rôles respectifs d’Edward et de Kitty. La mise en scène de Frédéric Blanchette est aussi impeccable et digne de mention.

Somme toute, Consentement a pris toute son importante grâce au mouvement #MeToo, mais reste une oeuvre brillante en tant que telle. À voir absolument, parce qu’il est clair qu’elle n’a pas fini de faire réagir.

Claudine Giroux

Auteur Claudine Giroux

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