La « chauyière » aux lèvres

« Avez-vous allumé le chauffage? », demandes-tu à tes parents alors que tu grelottes, au fond de la voiture.

Ton père éclate de rire. Il a toujours trouvé que tu étais une petite nature, et disons que depuis que tu as troqué les grands espaces enneigés de Saint-Jean-De-Matha pour le béton montréalais, il s’amuse à te le rappeler.

Vous roulez lentement sur la chaussée glissante pour vous diriger à l’ancien presbytère du village.

« C’est ben drôle que ça s’appelle le CRAPO, asteure. », dit ta mère.

Fondé en 2002, le Centre régional d’animation du patrimoine oral se donne pour mission de sauvegarder, de collecter et de diffuser le patrimoine culturel de la région de Lanaudière. C’est en organisant divers événements, comme des spectacles et des expositions, que le CRAPO partage le folklore avec des visiteurs de partout au Québec.

Vous vous apprêtez à découvrir le groupe Grav’Ô Portes. Cette formation de musique traditionnelle fouille dans les mémoires des familles afin d’en extirper des chansons qu’il réarrange pour leur donner une seconde vie.

En entrant dans le vieil édifice, tu remarques que les murs sont remplis de masques africains. Les gens du CRAPO ont décidé de donner de la visibilité à des artistes de partout à travers le monde. Ce mois-ci, c’est l’Afrique qui est mise de l’avant.

« On va-tu s’assir?», dit ton père, pressé d’aller dans la salle, de peur que le spectacle commence sans vous.

Il a l’efficacité dans le sang, ton père, c’est comme ça.

Les musiciens sont déjà sur scène. Les présentations sont brèves. Le public semble être déjà conquis.

La musique retentit et tes sens sont décuplés. Les personnes autour de toi tapent du pied et chantent les airs lancés par le chanteur.  Tes parents et toi, vous restez assis, fascinés par ce qui se passe.

Tu aimerais participer, mais tu regrettes ton ignorance.

Les gens dansent et rient. Sans même que tu le réalises, les larmes te montent aux yeux. La mélodie te fait du bien. En ce moment, tu te sens devenir toi. Pendant un instant, tu oublies les bruits de klaxons, les crissements de pneus et le chaos de l’heure de pointe.

Après quelques heures, le groupe annonce sa dernière chanson. Tu sursautes. Tu regardes tes parents, complètement ébahie. La fatigue se dessine sur leur visage, ce qui t’indique l’heure tardive. Ils sont épuisés, mais satisfaits de la soirée qu’ils ont passée.

C’est le froid de l’extérieur qui te ramène à la réalité.

« C’t’ait ben l’fun, on va r’venir, c’est certain!», clame ton père. Ta mère acquiesce en l’enlaçant.

De retour dans la voiture, tu recommences à grelotter. Tu assumes ta petite nature et demandes à ton père d’allumer le chauffage.

Ode au désir
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Marie-Anne Audet

Auteur Marie-Anne Audet

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