Et si Cendrillon était restée au bal ?

(Crédit photo: Claudia Chan Tak)

En assistant au spectacle Not Quite Midnight de la compagnie Cas public, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je ne pouvais m’empêcher de penser que présenter un spectacle de danse contemporaine au jeune public devait être un défi de taille. Comment capter l’attention des plus jeune par le mouvement, alors que la lecture peut parfois être ardue pour les plus vieux ? Je ne pouvais qu’être intriguée.

À la lecture du programme, j’ai compris que j’allais replonger, dans l’espace d’une cinquantaine de minutes, dans l’univers lyrique de Cendrillon. Cendrillon sous toutes ses formes, littéraire ou musicale, dans toutes ses manifestations. Le tout accompagné d’une ribambelle d’enfants de 8 ans et plus, jacassant avant le spectacle, s’égosillant devant les mouvements fluides des danseurs et, pour quelques chanceux, participant directement au spectacle, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. C’était une expérience chorégraphique inusitée à laquelle j’ai pu assister le 9 février dernier à l’Agora de la Danse.

La chorégraphe Hélène Blackburn offre un spectacle complet et féérique, rappelant la pratique des peintres maniéristes italiens du XVIe siècle, caractérisé par un raffinement technique et une mise en évidence de l’artifice. Projections, musiques, maisons de poupées: tout est mis de l’avant pour émerveiller le spectateur, jeune et moins jeune, dans un ensemble qui se présente comme une petite pause dans nos trains de vie effrénés. La chorégraphie joue sur la fluidité des mouvements, variant entre des positions de ballet classique et de danse moderne. Les interprètes transportent avec brio le public dans l’univers des contes en jouant sur des positions corporelles qui m’ont rappelé la signature artistique du film « The Favorite » de Yórgos Lánthimos, dans la caricature et l’exagération. Jouant sur les registres du féminin et du masculin, Blackburn n’a pas peur de miser un peu sur le risque; la marâtre et la bonne fée étant interprétées par des danseurs, vêtus d’une longue jupe, rappelant les derviches tourneurs turcs. Les codes du conte, souvent campés dans la dichotomie homme/femme, sont ici tordus et interchangeables. Blackburn met donc en scène une véritable réinterprétation du classique de Cendrillon, pour le plaisir des plus vieux qui se réapproprient cette histoire classique.

En incorporant les enfants, qui se sont merveilleusement prêtés au jeu lors de la représentation de samedi dernier, Blackburn offre un spectacle tout en douceur, en folie et où l’on se prend soi-même à regarder le spectacle avec un regard d’enfant, grâce à la chorégraphie parfaitement exécutée par les interprètes. L’imagerie forte et l’intensité des danseurs étaient suffisantes pour capturer l’attention des bambins, complètement captivés par le spectacle. C’est donc avec un produit ficelé à la perfection que Blackburn a tenté d’introduire les enfants à la danse contemporaine et force est d’admettre que la chorégraphe chevronnée à remporter son pari.

 

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