CCF2017: Mon Doux Saigneur 

Crédit photo: Léna Duque

Assez fébrile merci, c’est sous une pluie torrentielle, parapluie à la main, que je me suis rendue au Club Soda le 2 novembre dernier pour couvrir le spectacle qui donnait le coup d’envoi à la 31e édition du festival Coup de Cœur Francophone.

Grande soirée pour la formation québécoise Mon Doux Saigneur qui avait l’honneur de jouer en première partie de la tête d’affiche de la soirée, Keith Kouna.

«Mon Doux Seigneur… Hein, Mon Doux SAIGNEUR, quessé que c’est ça?», s’est exclamée la dame derrière moi, alors en file d’attente à l’extérieur de la salle. J’ai rapidement compris que la majorité des gens qui s’étaient déplacés n’était pas nécessairement venue pour le même artiste que moi.

À l’intérieur du Club Soda, c’est chaleureux, c’est cosy ; presque tous ont un verre à la main, discutant tout bonnement, donnant presque l’impression d’être dans un 5 à 7. Peu de gens font acte de présence, mais l’espace est animé.

Émerik St-Cyr Labbé, à la tête de la formation, et ses musiciens ne nous font plus attendre.

Brut, sensible et complètement décomplexé, Mon Doux Saigneur monte sur scène et commence avec la chanson Le Courant, tirée de son tout premier opus paru le 8 septembre dernier. On entre alors dans l’univers de l’auteur-compositeur-interprète au son mélangeant folk, blues et rock.

Dès les premières notes, j’ai des frissons qui me parcourent tout le corps. À l’instant même, je sais que le band me fera vivre des émotions, qu’il saura me transporter avec lui dans son monde.

Le chanteur, tout à son aise, s’amuse à remanier les paroles. Les mots bougent sans cesse, on sent qu’ils s’adaptent au contexte et non pas qu’ils ont été oubliés.

« Ça va le band ? », demande Émerik. « Ça va ben, ça commence bien » conclu-t-il, confiant.

À la deuxième chanson, je me demande si les fans de Keith Kouna sont satisfaits : je me retourne et la foule est captivée. Toutes les têtes sont rivées vers la scène. Certains spectateurs se laissent même aller d’un petit hochement de tête, suivant le rythme de la musique, se laissant emporter par la musique de ce groupe qui leur est majoritairement inconnu.

Mon Doux Saigneur performe un bon nombre de chansons au rythme plus lent, si bien que pendant l’interprétation de Barbara, la foule parle, parle beaucoup. J’ai peine à me laisser aller dans le moment tant les gazouillements provenant du fond de la salle sont dérangeants. Émerik et son band ne semblent toutefois pas se préoccuper une seule seconde des spectateurs inattentifs et continuent de nous livrer, dans toute leur grandeur, les chansons de leur nouvel album.

La foule n’avait encore rien vu: Hook bleu et Île aux calvaires. Marquée par un groove impromptu et une tournure jazzy inattendue, l’interprétation de Hook Bleu ne laisse pas indifférent ; elle déstabilise et captive à nouveau.

L’Île aux Calvaires, de son côté, mise sur les sentiments. Mon Doux Saigneur opte pour une ascension dramatique, gagnant lentement mais sûrement le climax. Accompagné d’un jeu de lumières, chaque membre de la formation est très habité : « leurs délires musicaux sont intéressants », lance une spectatrice. Sans l’ombre d’un doute, le groupe sait construire des bridges avec brio.

Mon Doux Saigneur boucle finalement la première partie: j’en veux encore.

Le band québécois, par sa musique, crée avec assurance un espace intemporel, où l’impression de planer dans la vie se fait sentir. On se fait transporter, transporter ailleurs, l’espace d’un moment.