Les Beaux Dimanches : Avancer, un rêve à la fois

(Crédit photo: Maxim Paré-Fortin)

Avec le temps, les grands idéaux de jeunesse se fanent au profit des rides et d’une fatigue chronique. C’est ce que raconte la pièce Les Beaux Dimanches de Marcel Dubé, jouée par le collectif Quatorze18 à La Chapelle. Portée par la mise en scène novatrice de Christian Lapointe, professeur à l’école supérieure de théâtre de l’UQAM, l’intrigue au parfum postmoderne permettra au spectateur de se questionner sur la nature véritable du bonheur.

Par un dimanche après-midi d’été, des couples blasés se rejoignent dans une banlieue huppée pour tenter d’oublier leur ennui, dressant ainsi le portrait du Québec de 1965, qui, comme eux, devient une société ternie par sa dérive séculaire. Le cerveau engourdi par l’alcool, les personnages brisent leur carapace vernie pour exprimer leur mal de vivre.

Les apparences sont parfois trompeuses

La scène ressemble au fond d’une piscine creusée. Sur le mur, il est écrit qu’elle est d’une profondeur de six pieds, ce qui crée une analogie entre le malaise des protagonistes et leur mort, lorsqu’ils se retrouveront six pieds sous terre.

De plus, il est facile de comprendre que ces derniers vivent comme s’ils retenaient constamment leur souffle, de peur que leur véritable nature vienne troubler l’identité qu’ils se sont construite pour se faire accepter par la société.

Lorsque des répliques dépassent les limites du bon goût, un bruit de sirène retentit, ce qui montre que les personnages se détachent peu à peu de leur image.

D’ailleurs, l’âge des comédiens contraste avec celui des personnages tout en venant justifier leur comportement. En effet, le public a affaire à des quarantenaires qui agissent de manière écervelée, afin d’oublier le crépuscule de leur jeunesse. Or, leur interprète est dans la jeune vingtaine, cadrant ainsi avec l’impression de jouvence que les protagonistes essayent de se donner. L’âge réel du personnage interprété par les acteurs est inscrit dans leur dos.

À maintes reprises, leur jeu est amplifié par des gestes caricaturaux, permettant de mettre de l’avant la fausseté et l’hypocrisie des banlieusards qu’ils interprètent.

Les personnages portent également les noms des acteurs, ce qui crée une brèche dans le quatrième mur qui sépare le public de la scène. Ils remplacent leur costume par leurs vêtements de tous les jours, venant accentuer cette impression.

La mort des grandes idéologies

À plusieurs occasions, les personnages font référence au contexte politique effervescent des années 1960. Ils discutent de la souveraineté et du FLQ et critiquent la jeunesse éduquée et désireuse de voir émerger un monde meilleur. Lors d’un monologue, l’un d’entre eux narre l’histoire du Québec et parvient à montrer à quel point la vieille génération est corrompue par les relents infects de son confort.

À travers sa pièce, Marcel Dubé fait un plaidoyer en faveur de la jeunesse et des rêves qu’elle porte en elle. Il dit que si une génération est assez courageuse, elle parviendra à changer le statu quo.

La pièce Les Beaux Dimanches sera jouée du 6 au 15 décembre 2018 à La Chapelle.

Marie-Anne Audet

Auteur Marie-Anne Audet

Plus d'articles de Marie-Anne Audet

Laisser un commentaire