Un beau rendez-vous avec du Tremblay

(Crédit photo: Gunther Gamper, de gauche à droite: Mireille Brullemans, Geneviève Schmidt, Mylène Mackay et Francis Ducharme)

C’est un Claude Poissant excité et tout sourire qui a accueilli son public au Théâtre Denise Pelletier, jeudi le 8 novembre dernier, lors de la première de Bonjour, là, bonjour. Cette pièce est une histoire datant de 1974, dont il fait aujourd’hui la mise en scène. Il nous a partagé son passé où il a grandi en côtoyant les oeuvres de Michel Tremblay. Bien que ce soit la première fois qu’il adapte le travail de cet auteur, Poissant confesse que c’est pour lui une expérience « jouissive ». Tout tombe à point, car en plus d’être son histoire préférée du célèbre écrivain québécois, il peut compter parmi les comédiens avec qui il travaille Gilles Renaud. En effet, cet acteur – alors qu’il avait vingt-neuf ans – avait incarné le même personnage, soit celui d’Armand, le père du héros de la pièce, il y a de cela quatre décennies, sous l’orchestration d’André Brassard.

Claude Poissant, grâce à sa mise en scène de Bonjour, là, bonjour, nous replonge dans le monde familier et ô combien douillet de Tremblay! La pièce se tient au début des années 1970, même espace temps qu’à la première représentation de l’oeuvre. Les conversations, ainsi que les rares silences entre les acteurs, sont francs, drôles et émouvants. Le décor de la pièce est simple, quatre murs, et quelques meubles bougeant selon les scènes. Et pourtant, les murs se révèlent comme étant la représentation de l’unité familiale et des conventions.

Serge, à l’approche de la trentaine, étant aussi le plus jeune d’une famille de cinq enfants (y comptant quatre filles) revient d’un périple de trois mois d’Europe. À son retour il rend visite à sa famille, c’est-à-dire à ses deux tantes accaparantes, à son père étant un homme de peu de mots, possédant également un lourd problème d’audition, et à ses quatre soeurs qui l’apprécient beaucoup… Cependant, Serge se tardait de revoir Nicole. Ces deux derniers vivent une relation amoureuse depuis leur tendre enfance, ils sont inséparables, malgré la polémique qu’une telle nouvelle pourrait déclencher dans leur famille et entourage. Son voyage lui aura permis de faire le point quant à leur relation charnelle interdite: de se questionner à savoir s’il vaut la peine de la vivre au grand jour, de l’étendre publiquement, d’abattre les fortes barrières morales, et d’en assumer les évidentes conséquences.

En plus de l’inceste, la pièce expose plusieurs autres sujets tabous, tels que la dépendance aux drogues – dans ce cas par la prescription médicale – l’aide financière du programme d’aide sociale, les relations interraciales, l’adultère et les relations incluant deux personnes ayant une notable différence d’âge.

Il y a, à certains moments, plusieurs conversations avec les différents membres de sa famille, qui se jouent en simultané lors de la pièce. Ces dernières se chevauchent et rendent les échanges étourdissants. C’est d’une cellule familiale suffocante dont Serge fait partie. En effet, le trentenaire en devenir doit jongler avec des relations toxiques, dont il ne peut se défaire. Tout au long de la pièce, le voyageur les écoute parler, sans nécessairement avoir son mot à dire. Il est davantage spectateur de leurs discours, où ces derniers déferlent leurs rêves non accomplis, leurs secrets et leurs sentiments refoulés.   

La relation père-fils est empreinte d’une grande incommunicabilité, d’une fermeture du père, par rapport à ce qu’il ressent, et d’un fils ne souhaitant que de se libérer de ce qu’il souhaite partager à son paternel. Armand, le vieux père de Serge, un adorable personnage, use seulement de small talk avec son fils. Cela est peut-être sa façon de lui dire qu’il l’aime, sa façon de s’ouvrir sans paraître trop vulnérable. Alors qu’on lui propose de l’aide, celui-ci affirme devoir y réfléchir, tournant le dos à d’éventuels meilleurs jours, à la retraite à laquelle il aspire.

Claude Poissant s’est merveilleusement bien entouré pour monter l’adaptation de Bonjour, là, bonjour. Cela débute avec le touchant Gilles Renaud qui nous serre le cœur chaque fois qu’il a l’air de faire comme s’il entendait tout ce qui se dit autour de lui. Puis, Sandrine Bisson, Mireille Brullemans et Geneviève Schmidt interprètent leur personnage avec brillance. Bisson jouant Lucienne, est juste assez hautaine et tête en l’air. Brullemans interprétant Monique a le bon équilibre entre une personnalité dépressive et loufoque. Enfin, Schmidt, tenant le rôle de Denise, est parfaitement extravagante et attachante.

La pièce Bonjour, là, bonjour, orchestré par Claude Poissant se tiendra du 7 novembre au 5 décembre au théâtre Denise Pelletier.

 

Alexane Anglehart

Auteur Alexane Anglehart

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