Bang bang : redéfinir la danse

(Crédit photo: Marilène Bastien)

L’idée est partie d’un questionnement sur la réalité. Puis sont venues les théories sur la matière qu’il fallait intégrer à la pièce. Et finalement, s’en est découlé un spectacle complètement inusité, exécuté par un danseur solo pratiquement kamikaze. C’est ainsi que, le 15 novembre dernier, avait lieu le spectacle Bang bang de Manuel Roque à La Chapelle. Abordant non seulement les questionnements fondamentaux du rapport au réel, le spectacle s’appuie sur une métaphore des rythmes de vie occidentaux.

Seul sur la scène, Manuel Roque danse pendant une heure complète, sans répit. C’est à se demander comment il fait, s’il ne va pas s’écrouler devant nous sur la scène. Pourtant, le spectacle se termine et il se tient toujours debout. Épuisé, certes, mais debout. Pendant une heure, il a sauté, tourné et dansé sans lendemain. Le spectateur est ébahi par la force du soliste qui se couvre de sueur au fil que la pièce avance et qui s’enfonce dans cette performance sans trame narrative.

En effet, Bang bang n’est pas une oeuvre comme les autres. Le spectacle débute alors que, sur une scène nue et avec un down beat comme trame sonore, le danseur semble se préparer. À quoi? Difficile de le savoir à l’instant, mais l’on comprend plus tard qu’il se prépare à sauter. De petits sauts d’abord, puis viennent les grands sauts, et les sauts de côtés. À ses mouvements s’ajoutent parfois des pointes de ballet, de danse contemporaine ou même de hip-hop, créant une deuxième couche à cette partition déjà existante. Le tout dure pendant une heure, le down beat étant parfois accompagné brièvement par d’autres sons, comme des extraits de radio parlée ou de la musique classique.

Bang bang se base en grande partie sur la répétition des mouvements venant ainsi évoquer chez le spectateur le rythme de vie effréné dont il est témoin tous les jours. Alors que Manuel Roque est sur scène et ne semble pas pouvoir s’arrêter, la métaphore se transpose chez le spectateur qui développe une certaine empathie pour le danseur et réfléchit sur sa propre manière d’être. Sans trame narrative, Bang bang repose sur l’agencement des positions et sur le danseur lui-même. Malgré l’absence d’histoire, Manuel Roque devient le seul repère de la pièce, exposant peu à peu ses failles et s’ouvrant ainsi devant nous.

Bang bang, récipiendaire 2017 du prix du Conseil des arts et des lettres du Québec pour la meilleure oeuvre chorégraphique, reste une pièce unique. Le spectateur a tout de même l’impression de devoir être un initié du milieu pour tout comprendre, pour pouvoir capter les différents codes intégrés à la pièce. Somme toute, connaisseur ou non, il est impossible d’en sortir indifférent.

Claudine Giroux

Auteur Claudine Giroux

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