Au paroxysme du postmodernisme

Crédit photo: Charles-Frédérick Ouellette

«Cette idée est étonnante qu’il nous serait plus difficile d’imaginer la fin du capitalisme que la fin du monde…»

Avec son quinzième spectacle Tomates, le collectif québécois L’orchestre d’hommes-orchestres a visé juste: repoussant les limites de la bienséance à son summum, il présente une œuvre éclectique exposant l’enfer capitaliste avec légèreté.

Présenté à l’Usine C du 16 au 18 janvier, cet opéra contemporain d’une heure quinze minutes mélange théâtre, musique et vidéo dans un récit tant absurde que réfléchi.

Alors que le protagoniste Simon peine à trouver un adversaire de taille pour jouer au go – ce jeu de société chinois datant entre le 5e et 8e siècle -, il rencontre un émule à sa hauteur: la Mort d’état. Après la victoire de cette dernière dans ce qui pourrait finalement être décrit comme des joutes verbales philosophiques, Simon perd son pari et doit se plier à une demande de son concurrent: trouver le sabre de lumière et de vertu de sagesse et lui rapporter en un an et un jour.

Cette quête épique prend des tournures imprévisibles grâce à la mise en scène complètement disjonctée de l’ODHO. L’histoire se solde lors du deuxième acte, alors qu’est présentée une projection de clips filmés et montés pendant la première partie du spectacle. Ce tour de force spectaculaire clôt la pièce avec brio: tout ce qui aurait pu être perçu comme de l’improvisation dans le premier acte était en réalité calculé à la seconde près.

Le titre du spectacle, Tomates, provient d’une hypothèse intéressante du journaliste français Jean-Baptiste Malet: l’industrie mondiale de la commercialisation de la tomate, qu’il désigne comme l’or rouge, est «l’archétype du capitalisme industriel». Plusieurs parallèles sont donc établis avec ce fruit omniprésent dans notre alimentation.

On peut en effet considérer cette oeuvre comme un plaidoyer pour un changement de cap économique vers un système plus égalitaire comme le socialisme ou le communisme. Il n’y a cependant aucune trace de volonté moralisatrice dans le discours de l’ODHO: il s’agit davantage d’un constat d’échec.

Tomates atteint, au final, le paroxysme du postmodernisme. Amalgamant les disciplines artistiques, brisant le quatrième mur et rendant les étiquettes opératiques malléables, l’Orchestre d’hommes-orchestres est véritablement au sommet d’un art qui lui est sien.   

Félix Desjardins

Auteur Félix Desjardins

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