Mon ami Walid: humour grinçant et drame émouvant

Alors que plusieurs films ont tenté d’aborder le thème de la maladie mentale, peu l’ont fait comme  Julien Lacroix et Adib Alkhalidey. Leur premier long-métrage, intitulé Mon ami Walid, est un film à la fois sensible et hilarant. Il s’agit d’un projet digne des deux humoristes, mais qui surprend néanmoins les spectateurs.

La prémisse de base, celle de la tentative de suicide de Walid (Alkhalidey), permet aux deux protagonistes, le deuxième étant Antonin (Lacroix), d’entrer en contact pour ne plus se quitter. Ensemble, mais surtout sous la direction d’Antonin, ils rencontrent toutes sortes de personnages flamboyants qui feront en sorte que les deux hommes en apprendront plus sur eux-mêmes et sur l’autre.

Mon ami Walid est un projet ambitieux qui a été élaboré à l’extérieur des cadres conventionnels de l’industrie cinématographique. En effet, ce film, réalisé avec un budget de seulement 150 000$ dollars, dont 80 000$ provenant de sociofinancement, a été tourné en à peine 10 jours. Les deux instigateurs de ce long-métrage ont donc réussi un tour de force en présentant un tel résultat à la salle comble du Théâtre Maisonneuve, le mardi 15 janvier dernier.

Il est facile de voir la touche de Julien Lacroix et d’Adib Alkhalidey dans l’écriture du scénario et des dialogues. L’humour décapant, parfois vulgaire, est digne de ces deux auteurs. Composé en plusieurs vignettes, dont certaines s’étirent toutefois un peu trop longtemps, le film mise beaucoup sur les rires pour parler de maladie mentale et de sujets plus difficiles. Des répliques savoureuses mettent de l’avant plusieurs personnages secondaires, comme Christian Bégin en gourou qui dirige une séance de thérapie douteuse, ou Guy Jodoin en gérant d’épicerie un peu voyeur, pour ne nommer qu’eux. Ces personnages, qui sont plus gros que nature, servent bien le film, mais font aussi avancer le récit d’Antonin et de Walid.

Par contre, ce qui fait réellement le charme de Mon ami Walid,c’est la scène finale, qui vient toucher droit au coeur. Sans humour, il s’agit de la pièce manquante du casse-tête, et elle est criante de vérité. Julien Lacroix y joue la performance du film, lui qui se déchaîne et se laisse aller comme jamais dans le rôle d’Antonin. Il s’agit réellement de la scène maîtresse, celle qui dit tout sans rien dire. Alors qu’on ne peut s’empêcher de rire à gorge déployée pendant le reste du film, la gorge se noue plutôt lorsque vient le temps de le terminer, ce qui démontre bien le talent d’auteur des deux humoristes.

Somme toute, pour un premier long-métrage, Julien Lacroix et Adib Alkhalidey ont bien performé. Ils sont restés fidèles à leur style tout en étant capables d’apporter quelque chose de nouveau à  l’industrie du cinéma québécois presque saturé. Ceux qui les aiment vont adorer Mon ami Walid,mais les autres peuvent aussi y trouver leur compte. Alors que le film amorce une tournée plutôt atypique dans les maisons de la culture du Québec, les deux créateurs ont le souhait d’intégrer les cinémas pour pouvoir prolonger la vie de leur projet. Espérons donc ainsi que d’autres auront la chance de visionner ce film unique.

Claudine Giroux

Auteur Claudine Giroux

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