Alex Cameron au Théâtre Fairmount : une nostalgie audacieuse

Crédit photo: Chris Rhodes

De passage à Montréal le 16 novembre dernier pour la deuxième fois cette année, l’auteur-interprète Alex Cameron livre une superbe performance mariant désinvolture, poésie et humour. 

Choix inusité pour un spectacle musical : c’est avec l’humoriste new-yorkaise Emily Panic que s’entame la soirée. Bien que cette dernière ait déjà plusieurs fois ouvert pour Cameron, elle semble avoir bien peu de matériel préparé pour l’occasion. Si ce frappant manque de planification se traduit par une entrée ponctuée de malaises, la jeune humoriste ne tarde pas à prendre sa place, poursuivant son numéro avec quelques anecdotes rigolotes et des interactions inconfortables avec le public. Sans susciter de fous rires collectifs, Emily Panic parvient tout de même à mettre l’assistance dans les meilleures dispositions pour le concert à venir.

L’ambiance décontractée est particulièrement propice à la prestation de la prochaine artiste à entrer en scène, l’autrice-compositrice-interprète australienne Holiday Sidewinder. Vêtue d’un maillot de corps aux motifs baroques et arborant un maquillage coloré, la chanteuse fait bien vite comprendre à la foule que l’heure est désormais à la fête. Enchaînant les délicieux rythmes de la pop nostalgique et sulfureuse caractéristique de son catalogue, elle se livre à une série de chorégraphies dignes des plus grandes starlettes des années 2000. Le sens du spectacle aiguisé de la musicienne n’a d’égal que son profond désir de s’amuser. Elle quitte la scène à quelques reprises afin de danser aux côtés de son public, puis pour prendre la tête d’une ligne de conga des plus enjouées. Ces quelques moments farfelus n’éclipsent aucunement les habiletés vocales de l’interprète, capable d’atteindre des notes probablement inaudibles à une bonne partie de l’audience (assez âgée).  

C’est ensuite à Alex Cameron lui-même de s’emparer de la scène. Animé d’une fougue rafraîchissante et contagieuse, le chanteur et musicien australien livre une prestation impressionnante. Canalisant l’essence des personnages pathétiques et attachants qui habitent ses ballades, le musicien donne vie à son œuvre. Les yeux rivés sur le chanteur et les lèvres occupées à réciter les paroles, le public donne toute son attention à Cameron. La qualité hymnique du répertoire de l’auteur-compositeur-interprète confère une dimension fraternelle au spectacle. La nostalgie assumée du chanteur permet également un rassemblement intergénérationnel peu ordinaire. Ainsi, malgré l’hétérogénéité apparente des fans de l’artiste, ces derniers quittent le théâtre en ayant l’impression qu’ils ont peut-être plus en commun qu’on pourrait le croire.

Outre l’étendue de ses talents musicaux, c’est l’incontestable charisme et l’aisance d’Alex Cameron qui rendent le spectacle si spécial. L’artiste quitte Montréal pour continuer sa tournée nord-américaine avec des dates qui s’étalent jusqu’à la mi-décembre.

Cyril Émond-Savard

Auteur Cyril Émond-Savard

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