À la gloire des ancêtres

C’est jeudi soir. Les cours au cégep de Joliette sont finis et, sur le boulevard Manseau, c’est l’effervescence. Des musiciens hilares flânent dans les rues, armés de violons et de banjos, prêts à traverser les époques, le temps d’une veillée de musique traditionnelle.

À Joliette, l’héritage des arts traditionnels se fait remarquer, un peu partout. La ville, qui est l’hôtesse du pré-festival Mémoires et Racines, mis sur pied en 1995, offre, depuis 20 ans, le seul programme de musique folklorique de la province dans son Cégep.

En fier Lanaudois, Jason Buissières, le copropriétaire de la micro-brasserie Albion, organise chaque jeudi ses fameux Jams Trads. Son pub permet de combler l’appétit des amateurs de musique d’un peu partout, au Canada. « Le Cégep fait beaucoup de travail pour promouvoir le Trad, explique-t-il. Chez les citoyens de Lanaudière, ç’a toujours été très présent ».

Toute la région de Lanaudière est portée par le souffle du folklore depuis des générations. Avec ses grandes communautés irlandaises, écossaises et acadiennes, sa diffusion a été fulgurante. La présence de plusieurs groupes religieux, comme les clercs de Saint-Viateur, a inscrit cet héritage musical à la postérité. Les grandes migrations de bucherons ont également permis d’exporter ce patrimoine vivant partout, sur le territoire. « Alors que les chaînes de transmission se brisaient dans les familles avec l’arrivée des nouvelles technologies comme la télévision, ici, ces traditions se perpétuaient », souligne Jean Desrochers, le directeur du Centre régional d’animation du patrimoine oral (CRAPO) de Saint-Jean-De-Matha.

L’arrivée de la Bottine Souriante, dans les années 1970, a créé un véritable engouement dans la région. « Il y a des membres lanaudois dans la plupart des formations de musique traditionnelle », explique M. Desrochers.

Cependant, les nombreux préjugés véhiculés par les médias de masse font quand même des ravages, auprès du public. M. Desrochers se désole de voir certaines personnalités connues ridiculiser le folklore sur des plateaux de télévision.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, les musiciens de la formation Le Vent du Nord ont affirmé qu’environ 15 % de leurs spectacles se déroulent au Québec.

« Actuellement, dans la technique de musique traditionnelle, nous sommes trois en troisième année et il y a un inscrit, en première année, explique Simon Degrave, un étudiant du programme. Il va y avoir un trou où il n’y a pas d’élèves, en deuxième année ».

Selon le professeur de musique Éric Beaudry, il existe un problème au niveau de la promotion du folklore québécois. « Il n’y a pas beaucoup de gens qui savent qu’un tel programme existe, ici, explique-t-il. Les jeunes ne sont pas conscientisés à l’importance de cette musique-là, à cause de tous les préjugés ».

Cependant, ces musiciens demeurent optimistes. Récemment, le cégep de Joliette a fait de gros investissements en communication afin de valoriser tout le programme de musique, et ce, en portant une attention particulière au département de musique traditionnelle menant, en 2016, à une apparition à l’émission Médium-Large, animée par Catherine Perrin sur les ondes de Radio-Canada.

Le rayonnement de la musique québécoise à l’international attire également des musiciens d’Europe et d’ailleurs. Simon Degrave est un banjoïste originaire de France. Ce dernier a grandi en jouant de la musique irlandaise tout en chantant des chansons issues du folklore français. Il y a près de trois ans, il a décidé de parfaire sa technique au Cégep de Joliette. << Dans la musique québécoise, j’ai retrouvé ce côté d’oralité qui me plaisait beaucoup », se remémore-t-il, nostalgique.

Éric Beaudry et ses collègues ont également mis sur pied le camp Violon Trad en 2007 afin de transmettre les fondations de l’identité québécoise aux générations à venir. « À chaque année, on est presque “Sold Out”, raconte le musicien émérite. On accueille une centaine d’étudiants de partout à travers le monde ».

Que ce soit aux Jams Trads ou dans n’importe quelle autre soirée du genre, les jeunes et les vieux se rassemblent et dansent pour réveiller leurs ancêtres. À coups d’archet, les violons font revivre l’héritage québécois pour le graver à jamais dans les mémoires.

Texte : Marie-Anne Audet