Annie Sama : découverte de septembre

Photo : Leda & St.Jacques (Rodeo Production)

J’ai rencontré Annie Sama par une journée humide de septembre, un jour précédant le lancement de son E.P Clear. Attablée dans l’éclectique décor du Darling sur le boulevard Saint-Laurent, j’y ai découvert une artiste généreuse, passionnée et entreprenante. Pour la petite histoire, Annie Sama est une artiste multidisciplinaire québéco-congolaise qui performait auparavant sous le pseudonyme Apigeon avant de lancer son premier E.P sous son propre nom. Apigeon était le résultat d’une période plus introspective dans la vie de l’artiste et celle-ci considérait que le projet avait atteint sa finalité pour plusieurs raisons. Avec Clear, Annie Sama ressent davantage le besoin d’explorer son héritage africain et son identité. Évoluant entre Montréal, New York et Los Angeles, l’artiste originaire de Saint-François en Estrie ne néglige pas son pays d’origine et voyage à travers les régions du Québec avec plaisir. En tant qu’amoureuse de la route, faire voyager son art est essentiel alors qu’elle me confie que: « L’idée, c’est de l’amener ailleurs, de sortir de nos zones de confort. »

Bien que le E.P soit produit sous son nom, l’artiste considère qu’elle aime évoluer en collaboration. Clear est d’ailleurs coproduit avec Blaise Borboën-Léonard, pour qui l’artiste a clairement un immense respect, alors qu’elle m’explique que: « Mon but ce n’est pas d’être toute seule nécessairement, mon but, c’est de collaborer avec d’autres artistes, différents producteurs; de m’amuser. » Cependant, ce nouvel E.P est aussi pour elle une forme d’accomplissement personnel en ajoutant que : « J’avais comme une espèce de défi de voir ce que je suis capable de faire, pis peut-être d’inspirer aussi d’autres filles qui veulent faire de la musique électronique, qui veulent sortir des sentiers battus, qui veulent sortir des stéréotypes de qu’est-ce qu’une fille doit faire comme musique ou comme peu importe, pis de l’amener de l’avant, pour moi c’est super important, de montrer que c’est faisable quand même. »

Ayant mentionné l’importance d’inspirer des femmes à explorer les limites et les avenues de la musique électronique, je n’ai pu m’empêcher de lui demander ce qu’elle pensait du monde de la musique électro, que l’on taxe souvent d’être macho. Honnête et réfléchie, elle m’a répondu que bien qu’il y aie de plus en plus de femmes dans la musique électronique, les bookers ou les festivals owner demeurent encore très souvent des hommes et que ceux-ci ont une idée prédéterminée de ce à quoi une femme devrait ressembler pour être prise au sérieux dans le milieu. Le projet d’Annie Sama évolue d’ailleurs à contre-courant de ces idées préconçues en affichant une féminité assumée, en faisant des choix esthétiques qui lui plaisent à elle et non pour satisfaire les préjugés d’autrui. Pour cette femme aux multiples talents, l’idée n’est pas de « tasser le monde », mais bien d’afficher de la diversité. Une femme peut être belle, sensuelle et féminine, si c’est ce qu’elle désire. L’artiste fait de la pop électro, en chantant live ses propres chansons, et elle aime ça. C’est l’essentiel non ?

« Everything for me is a source of inspiration »

L’artiste multidisciplinaire n’a pas peur de dire que sa passion principale et l’objectif central de sa carrière est sa musique. C’est avec celle-ci qu’elle veut voyager à travers le monde. Malgré tout elle se nourrit de toutes les autres formes d’art ; le dessin, le théâtre, la mode ou encore l’art visuel pour n’en nommer que quelques-uns. Amoureuse des textures et des couleurs, l’art la nourrit et la rend heureuse. « Everything for me is a source of inspiration » m’explique-t-elle. Ainsi, il est difficile de mettre le doigt sur des sources d’inspiration spécifiques, alors que tout peut-être du « food for thoughts ». Annie Sama s’inspire de ses ami(e)s, de la mode qui la passionne, d’artistes visuels comme Michel De Broin ou encore de détours du quartier portugais. Pour elle, la culture au Québec est riche en opportunités, en individus, et ce, du local à l’international. Les gens passionnés qui travaillent ici sont nombreux et doivent être pris en considération. Même avec son parcours international, l’artiste veut que cette culture soit reconnue et elle en est fière.

Pour finaliser cette rencontre inspirante, j’ai pu, avec plaisir, assister jeudi soir au lancement de Clear dans la salle intime du Turbo Haüs et voir l’artiste à l’oeuvre. À peine surélevée du public, Annie Sama a performé son nouvel E.P avec énergie et générosité, tout en étant en communion avec le public. Celui-ci s’est vu captif de sa présence statuesque alors que l’artiste a performé ses chansons accompagnée de Blaise Borboën-Léonard, mais également de danseurs en mouvements. La pop électronique envoûtante d’Annie Sama transporte le public dans l’univers de l’artiste, dans un rêve tout en néon, à mi-chemin entre l’euphorie dansée et la réflexion introspective. Mais, avant tout, c’est l’énergie et le plaisir que l’artiste dégage sur scène, souriant sans cesse au public, qui lie la performance en un tout cohésif. Pour fréquenter assez souvent le milieu de la musique électro, les DJs sont souvent dans leur monde, la tête baissée vers leurs consoles, sans contact direct avec le public. Ici, on vit un détour à 180 degrés alors qu’Annie Sama partage avec nous un instant éphémère, un morceau de son identité et une porte vers son univers.