21: deux vies brisées, un jeu.

(Crédit photo : Philippe Latour)

21 c’est une pièce où il nous ait présenté la vie de deux femmes aux comportements autodestructeurs. Zoé, jeune adolescente explosive de 15 ans, placée dans un centre jeunesse par son père, ainsi que Sara son intervenante, dans la quarantaine.

Le père de Zoé, qui sans mots et sans moyens, se retrouvant devant un mur, ne voit plus comment venir en aide à son enfant. L’adolescente n’a pas la même chance que bien des enfants ont à leur enfance. Une figure maternelle nocive et très absente. Sa peur de l’abandon, sa tristesse et sa rage l’amène à poser des gestes dangereux pour elle-même.

Et puis il y a Sara. Fidèle à sa routine, celle-ci finit ses soirs de semaine dans les bars. Elle se réveille le lendemain matin avec un gars qu’elle ne connaît pas, juste un peu trop collé dans son dos, et le Jameson – ou tout autre alcool – de la veille à travers la gorge, que même un café ou un muffin n’arrivent pas à faire passer.

La pièce est séparée en 12 matchs. 12 matchs de 21, un jeu de basketball, où les deux protagonistes se rejoignent le temps de quelques lancés. Pour l’intervenante, le jeu n’est alors qu’un prétexte pour affaiblir les barrières de Zoé et lui venir en aide. Sara se bute à un mur lors des premières parties, jusqu’à ce qu’enfin Zoé laisse entrevoir une lueur d’espoir en acceptant de partager un peu d’elle, de son quotidien et de son vécu avec l’intervenante. À partir de là se crée une relation entre les femmes, spéciale et bien à elles, teintée d’une aide professionnelle, mais aussi d’une réelle affection.

L’ouverture de Zoé laisse croire que celle-ci est sur la bonne voie afin de retourner éventuellement à une vie moins pénible, moins douloureuse. C’est toutefois sur une fin très incertaine pour les deux personnages que nous laisse Rachel Graton. Comme quoi la réalité n’est pas toujours toute douce, toute rose.

Les sons des rebonds du ballon et les chaînes du panier après un lancé résonnent dans la salle, comme ils auraient résonnés normalement dans un gymnase. Cet ajout à la mise en scène donne une agréable profondeur à la pièce. Les différentes séquences du spectacle sont inscrites à l’aide de titres lumineux projetés au mur face aux spectateurs. 21 se regarde comme nous lisons un roman, les chapitres passent et nous ne voulons pas qu’ils se terminent.

Les deux comédiennes partagent une belle complicité sur les planches. Marine Johnson, interprétant Zoé, est habitée d’une fougue et d’une force, alors qu’Isabelle Roy, revêtant le personnage de Sara, dégage une sagesse et le calme.

Cette touchante création de Rachel Graton illustre bien les inégalités sociales, le malheur que certains enfants ont, d’avoir une enfance sans enfance, mais aussi la complexité du métier d’intervenant social.

Alexane Anglehart

Auteur Alexane Anglehart

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