Oh, Darlène !

L’absurdité de la douleur permet aux enfants de vivre des événements ponctués de rencontres improbables. Noémie D. Leclerc, cette jeune écrivaine de 21 ans, a su exploiter cette thématique à travers Darlène, son tout premier roman. Sorti le 29 janvier 2018, Darlène a su illustrer l’émancipation de l’enfance en illuminant le néant de la quête identitaire.

En plein cœur de Montmorency, dans la région de Québec, Darlène Leblanc étouffe. Vivant dans une famille où règnent les non-dits, la jeune femme tente par tous les moyens d’alléger le boulet qui l’empêche d’être qui elle est. Souvent, elle flâne au restaurant Le Normandin où elle tente de trouver un sens à sa vie. Cependant, un jour, le destin va l’amener à croiser la route d’Ashton, un Américain ténébreux qui l’amènera à réinventer sa vie, pour le meilleur et pour le pire.

Darlène est plus qu’un simple roman. Avec un album éponyme créé par Hubert Lenoir en plus d’un film et une série d’illustrations minimalistes produites par Gabriel Lapointe, ce projet très ambitieux a la prétention d’offrir une expérience polysensorielle à son public. Ces œuvres traitent toutes des mêmes thèmes, donc de l’émancipation et de la liberté. Les mélodies chaudes portées par la voix mystérieuse d’Hubert Lenoir permettent aux lecteurs de découvrir une toute nouvelle façon de lire l’œuvre de Noémie D. Leclerc.

Avec sa plume audacieuse, Noémie D. Leclerc a déconstruit le genre romanesque pour l’amener ailleurs. Tout au long de son récit, l’auteure insère quelques apartés s’approchant des codes du théâtre, ce qui vient rythmer les échanges entre les personnages. L’auteure pousse son audace encore plus loin en articulant une narration qui s’approche beaucoup de l’oralité en mélangeant le joual québécois à certaines expressions anglophones. De plus, en suivant la lignée des écrivains absurdes à la Camus, la jeune écrivaine plonge le lecteur dans un Québec postmoderne où il est possible de parler aux arbres et où tous les commentaires généraux sont émis par des hommes gras et chauves. Cet univers permet donc de bien saisir le trouble de Darlène, qui est confrontée au crépuscule de son adolescence et à l’aube de l’âge adulte.

Le lecteur se demandera certainement si le personnage de Darlène est inspiré de sa créatrice avec sa crinière blonde, ses yeux verts et sa moue angélique. Noémie D. Leclerc semble avoir tenté de calquer son amant Hubert Lenoir afin d’inventer Ashton, le compagnon de Darlène. Ces protagonistes permettent donc d’ancrer l’absurdité du récit dans un semblant de réel. Les références culturelles liées à la pop récente à travers certains titres de Gucci Mane, notamment, accentuent cet effet en brouillant les frontières de la réalité.

À travers Darlène, les lecteurs auront l’occasion de découvrir tout un monde où l’amour et l’innovation sont au rendez-vous. L’audace de Noémie D. Leclerc et de ses compagnons marquera certainement les artistes de leur génération.

Texte : Marie-Anne Audet