Une femme. Une rate. Une taverne.

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20h10. En retard. Une feuille blanche et du sharpie noir indique judicieusement aux curieux que la porte avant est barrée. Dans ces cas-là, la discrète porte de côté est l’heureuse élue.

Des murs en bois usés par 50 ans de soirées brumeuses, du velours et de la Labatt 50 à 2$. Du vrai rétro contemporain qui t’enivre au premier pas sur le paillasson. L’animateur de la soirée, l’humoriste Serge Yvan Bourque, l’explique bien après le spectacle : « la Taverne Jarry est une bête à apprivoiser, de l’extérieur tu doutes et de l’intérieur tu tombes sous le charme ».

20h30. Bien assise. La peuplade parle gaiement et couvre presque la trame de fond des beaux mots musicaux à Louis-Jean, que le DJ fait tourner pour patienter. Il faut comprendre la fébrilité, c’est soir de première. « Les soirées “Je ris donc je suis” à la Taverne Jarry n’ont pas d’autre prétention que d’être un espace rassembleur où on peut rire, tout en n’oubliant pas notre cerveau à la maison », résume l’animateur.

Le concept est simple : quatre soirées laboratoires, six humoristes qui viennent tester du matériel, un invité de variété qui ne fait pas de stand-up et un chroniqueur étudiant à l’école nationale de l’humour (le seul invité à qui on revoit la binette à chaque spectacle).

20h40. À laffût. Le spectacle s’ouvre sur un Serge Yvan dont l’énergie débordante souhaite camoufler la nervosité de la première fois. Armé d’un casque de poil et d’un micro de forme extravagante à la reverb prononcée, il fait « fondre complètement la glace » devant une centaine de paires de globes oculaires rieurs.

Si les soirées d’humour sont courantes dans la métropole, l’initiative de la Taverne Jarry est la première du quartier Villeray. Heureux du dénouement de sa première, l’humoriste avoue cependant qu’il y existe une « discrimination positive complètement assumée ». Au minimum, deux artistes de la gent féminine seront présentes à chaque spectacle.

Alors que les femmes et les tavernes ont tardé à faire bon ménage, il faut attendre 1988 avant de voir entrer les premières demoiselles au bar du coin Jarry-Lajeunesse. L’animateur déplore le peu de place alloué aux femmes en humour et y dresse un parallèle, « à la Taverne Jarry elles seront nombreuses et bien reçues ».

21h00. Captivée. Le téléphone sonne, l’humoriste Fred Dubé fait accidentellement sonner le système d’alarme du fond de la salle et Jean-Pierre, le mythique serveur capable de servir douze bocks d’un coup, déambule entre les tables à l’écoute de l’appel du verre vide.

Le rythme de la soirée n’est pas sans faille, mais les imperfections transforment celle-ci en expérience unique. Des farceurs d’expérience défilent, et pourtant l’impression d’être confortablement en famille s’accentue. Une famille avec des cousins qu’on ne se souvient pas d’avoir rencontrés, mais quand même.

Pour un mercredi soir pas trop frileux, le rendez-vous est au 552 Jarry Est.

7$ pour 2 heures de rigolade : le 28 octobre, le 18 novembre et le 16 décembre.