Lorsque l’art nous pousse à la reconsidération de notre existence

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Crédit Photo: Bruno Colpron

Le Théâtre La Chapelle présentait, du 25 au 27 novembre 2015, ENJEUX, une pièce de danse contemporaine entremêlée de projections numériques et d’effets sonores. Offerte par la compagnie Kondition Pluriel, l’oeuvre cohésive nous fait vivre un moment de transe inoubliable.

Nous démarrons le processus. La froideur et les sons électroniques nous transportent dans un univers parallèle. Commence alors la destruction mécanique du cadre établi. Chacun des personnages se construit son propre univers et intensifie sa relation avec le décor, constitué simplement de boîtes en plastique grises, avec lequel ils ne font qu’un.

Un dialogue entre en jeu. L’acteur supporte les caisses, et les caisses supportent l’acteur. Chacun joue un rôle essentiel dans la démarche : l’un ne peut exister sans l’autre. Cette connexion transforme  par moments les corps des acteurs en objets inanimés. Elle donne aussi parfois l’impression que les acteurs se transforment en enfants qui jouent avec des LEGO. Les transitions alternées et violentes de ces phases surréalistes et hyperréalistes nous troublent. C’est à ce moment que l’aliénation vient nous saisir, nous, spectateurs innocents et passifs. Le dialogue muet devient une dimension, dont aucun des éléments de la pièce ne peut échapper.

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La répétition devient alors infinie. Les constructions et destructions s’enchaînent pour définir le rythme de la création. C’est ainsi que se dessine l’allégorie des sociétés, tantôt synonyme d’évolution puis de dégradation, jusqu’au point irréductible de néant. Cette même société qui nous définit et que l’on définit. Celle qui nous fait avancer, mais qui peut aussi causer notre perte.

La pièce se finit ainsi dans un silence sourd tel l’écho de notre pensée à cet instant présent. Aucun mot ne peut parvenir à expliquer cette expérience immersive. Seule la réflexion demeure et devient l’enjeu de cet art multidisciplinaire.  La direction artistique du spectacle, composée de Martin Kusch et Marie-Claude Poulin, insiste d’ailleurs sur l’importance de laisser place à l’imagination du spectateur.

Alice Zanetta

Auteur Alice Zanetta

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