Le chant du cygne de Sarah Kane – Critique de 4.48 Psychose

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Crédit Photo: Nicolas Descôteaux

Les multiples facettes bipolaires du personnage de Sophie Cadieux dans la pièce 4.48 Pychose, mise en scène par Florent Siaud, sauront épater le public du théâtre La Chapelle. La protagoniste y livre une bataille sans fin contre son esprit et ses idées suicidaires, dans un dialogue fougueux contrastant avec sa solitude sur scène.

C’est un texte profondément dramatique et travaillé avec précision que livre Florent Siaud.  Sophie Cadieux y incarne cette femme aux idées suicidaires, emportée par la colère qui la rend dépressive, gavée de médicaments qui lui font peu à peu perdre la raison.  La pièce repose essentiellement sur un dialogue entre cette patiente et son psychiatre, produit de l’imagination du personnage, qui ne prend pas forme et s’exprime à travers la bouche de la souffrante.

Le passage d’un personnage à un autre est d’ailleurs clair et précis, créant un dialogue complet et élaboré, plongeant le spectateur dans une pièce qui semble présenter bien plus d’un acteur.

La pièce débute dans un espace plutôt restreint, avec une Sophie Cadieux intense et tourmentée qui fait son apparition sur une scène amputée de son lointain, enfilant ses Doc Martens en bombardant le spectateur de questionnements. Plus tard, une impression d’ouverture sera exploitée avec le déploiement du décor et une exubérance encore plus marquée de l’actrice.

La justesse du jeu de Sophie Cadieux laisse pantois. Ses expressions faciales, ses soubresauts, ses tressaillements de paupières et son langage corporel reflètent presque trop adéquatement tout ce que le texte évoque.  Le tout est agrémenté d’un jeu de lumière efficace qui marque le passage d’un personnage à l’autre.

Sophie Cadieux apporte une dimension comique à la pièce qui traite pourtant de suicide, de désespoir, de trahison et d’autres thèmes tout aussi noirs. Alors que son personnage accepte pleinement ce stade où la motivation de vivre n’est plus existante, sa manière de s’exprimer rend par moments les propos anodins et légers, grâce à son intonation je-m’en-foutiste emplie de cynisme et de sarcasme.

La musique ainsi que les effets sonores jouent un rôle primordial dans ce monologue dialogué. Une ambiance sonore glauque, des chansons détonnant avec le ton de la pièce et des échos et amplifications de voix titillent les sens de celui qui regarde, écoute et saisit l’ampleur des paroles de la protagoniste.

C’est grâce à tout ce vacarme organisé que la monotonie ne s’installe jamais.  Le spectateur saute de scène en scène, écoute un personnage, puis un autre, sans se lasser, bien qu’ils soient tous deux enfouis dans un seul et même corps.

 4.48 Psychose est une pièce qui, dans tout son drame, laisse le spectateur béat de par la qualité de son jeu d’acteur et de sa mise en scène. Une exploitation d’un regard tout autre sur la dépression ; le récit d’une patiente qui ne voulait non pas mourir, mais qui ne voulait simplement plus vivre.