La cantatrice chauve suivie de La leçon : déconstruire l’absurde

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Malaises, déconstructions du langage et raisonnements abstraits sont des concepts brillants à transmettre sur une scène pour le metteur en scène Normand Chouinard.

C’est au Théâtre du Rideau-Vert que seront présentées deux pièces phares du théâtre de l’absurde, La cantatrice chauve suivie de La leçon, mises en scène par Normand Chouinard et écrites par Eugène Ionesco, du 31 janvier au 4 mars 2017.

Au cours d’une soirée typiquement anglaise, les Smith reçoivent, par surprise, leur couple d’ami les Martin. C’est en se racontant des histoires de coq voulant faire le chien, de feu qui prit feu et de silences ponctués de «hmm» qu’ils apprennent à rire, pleurer, crier et s’embrasser entre eux. La cantatrice chauve se trouve donc à être une pièce questionnant la communication en présentant les absurdités du langage et les malaises palpables lors d’interactions interpersonnelles.

La leçon vient compléter ce questionnement envers les normes de la communication. On y retrouve un échange irrégulier entre un professeur et une jeune élève souhaitant améliorer ses connaissances générales. Marqué par la sottise de la jeune fille, le professeur perd peu à peu sa stabilité émotionnelle au cours de la pièce. La leçon présente alors les différentes tournures qu’un dialogue peut prendre en un court laps de temps.

La mise en scène de Normand Chouinard accorde une plus grande importance aux répliques plutôt qu’au langage physique des personnages. Dans La cantatrice chauve, le débit de parole est ralenti afin de permettre au public de mieux comprendre les blagues absurdes. Vers la fin de la pièce, on accorde une plus grande attention à la sonorité des mots en les accompagnants de gestes brusques et spectaculaires. Les répliques inaudibles sont donc mises à l’avant et rendent les personnages sauvages, créant ainsi un sentiment de surprise chez le spectateur.

Cette importance accordée aux dialogues se ressent aussi dans La leçon. Normand Chouinard semble avoir profité des forces du langage afin de faire ressentir au public qu’il est lui-même l’élève. Durant la première moitié de la pièce, le professeur prend le temps de bien enseigner les concepts de l’addition. En comprenant ainsi ce que le professeur enseigne, le public reste attentif, tout comme l’étudiante. Citant par la suite des concepts complexes de la philologie, l’étudiante perd facilement sa concentration. Le spectateur se trouve alors à suivre les signes d’impatience de l’étudiante plutôt que le monologue monotone et insistant du professeur. On présente donc les différentes étapes et tournures qu’un dialogue peut prendre dans cette mise en scène bien calculée.

Normand Chouinard s’est entouré  d’une magnifique équipe de comédiens ayant travaillé avec minutie sur la recherche psychologique de leurs personnages. Dans La cantatrice chauve, les personnalités contradictoires entre les deux couples créent un bel équilibre. D’ailleurs, l’impressionnante interprétation de Carl Béchard en Mr. Smith s’est méritée plusieurs applaudissements dans la salle grâce à ses expressions faciales hilarantes et son intensité bien dosée. Dans La leçon, le jeu de Rosine Chouinard-Chauveau en l’étudiante était remarquable. Son langage corporel reflétait parfaitement la personnalité espiègle de la jeune fille. Du côté du professeur, Rémy Girard a offert un développement psychologique poignant suscitant des émotions fortes chez les spectateurs.

C’est avec un décor et des costumes simples que la pièce a permis de concentrer l’attention du public sur le texte. On y trouvait également un éclairage de base pour la plupart des scènes. Il est cependant à noter l’incroyable jeu d’ombres qui a tant bouleversé le public lors des dernières scènes de La leçon et a apporté une fin saisissante et impressionnante pour les deux pièces.

 

Marie-Ève Buisson

Auteur Marie-Ève Buisson

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