Du texte à la scène : rencontre avec Florent Siaud

 

La première de la pièce 4.48 Psychose a été présentée mercredi au théâtre La Chapelle. Écrite par la dramaturge britannique Sarah Kane, l’œuvre évoque le suicide, le désespoir et la maladie mentale, véritable reflet de la vie de l’auteure qui s’est suicidée peu après qu’elle l’ait terminée. Ce sera une Sophie Cadieux en solo qu’on verra performer jusqu’au 6 février, dans une mise en scène de Florent Siaud, qui voulait donner une toute autre saveur au texte original.

Depuis sa première adaptation en 1999, soit un an et demi après le suicide de Kane, 4.48 Psychose est présentée comme la mise en mots de la vie personnelle de l’auteure, qui s’est longtemps battue contre la dépression. Florent Siaud désire toutefois rompre avec cette lecture : «On a une tradition de lecture biographique qui nous a paru être comme un écran par rapport à la profondeur, à la poéticité, puis à la construction du texte, qui est d’ailleurs vraiment magistral», souligne-t-il.

Pour le metteur en scène, la pièce est bien plus qu’un journal intime. «Ce n’est certainement pas juste un testament, un billet d’adieu ou un chant du cygne et c’est ce qu’on tente de réhabiliter. C’est ce geyser d’images, ce brio dans l’écriture, dans la façon dont les scènes se succèdent, qu’on souhaite souligner. On essaye d’accorder et de souligner cette facture poétique de la pièce», précise Florent Siaud.

Alors qu’il rêve d’un jour mettre en scène Athalie, pièce tragique de Racine, c’est une forme de tragédie plus moderne que Florent Siaud a exploitée dans 4.48 Psychose. C’est «cette parole féminine au bord du désespoir qui est en même temps traversée par la lumière et la poésie, mais qui n’arrive tout de même pas à assumer le choix de vivre».

Sophie Cadieux était pour Florent Siaud l’incarnation de cette voix féminine à la fois brisée et lumineuse : «Je cherchais un contre-emploi, je ne voulais pas représenter le lien biographique entre le texte et la représentation, je cherchais une actrice pleine de jeunesse, pleine de vie, traversée par un dynamisme débordant qui contraste avec le portrait qu’on se fait de la dépression», explique le metteur en scène.

Le texte traite principalement de cette chute libre qu’est la maladie mentale, un sujet qui intrigue Florent Siaud. «J’aime bien réfléchir sur toutes les strates qui composent notre humanité, nous ne sommes pas seulement les personnes que nous sommes dans la vie quotidienne. Ce que j’aime bien, c’est la partie qui n’est justement pas visible de l’iceberg», confie le metteur en scène.

En solo sur scène

C’est un risque pour un metteur en scène que de choisir d’avoir une distribution à rôle unique. «Le risque c’est de ne pas trouver le renouvellement à l’intérieur de la représentation. C’est pour cela que j’ai choisi Sophie, parce qu’elle a cette capacité de se renouveler, de créer un contraste à l’intérieur de son jeu, qui fait qu’on a l’impression qu’elle n’est pas une, mais qu’elle est multiple», révèle le réalisateur.

Le but premier de Florent Siaud était de transformer ce texte, qui semble en apparence être un monologue, en un dialogue. La musique et les effets sonores créent en majeure partie l’effet de dialogue.  Pour Florent Siaud, «une grande pièce repose sur une sorte de conflit, un rapport de force entre deux pôles», duel qui se ressent, dans 4.48 Psychose, par le fait que «parfois le décor agresse l’actrice et que parfois l’actrice agresse le décor». Un va-et-vient, un échange, une conversation  se font ainsi sentir.

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