Un Krabe dans la tête

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Crédit photo: Anne Laudouar Photographie

Le Krabe dont il est question ici n’est pas une espèce de crustacé comestible. Il s’agit plutôt d’un animal à deux têtes et à quatre mains, capable de façonner de magnifiques vêtements. Friand d’art et de mode, Krabe n’a pas peur de donner dans l’atypique et le coloré. Ses créations (pour l’instant peu nombreuses en raison de son jeune âge) sont un ajout rafraîchissant au paysage du design de mode québécois.

Élizabeth Paul, designer et créatrice de la griffe de vêtements Pas de Chichi, et Virginie Roy, designer textile de la marque de décoration PEAU.D.OURS, se sont rencontrées alors qu’elles travaillaient au Café Oui Mais Non, situé à Montréal. Rapidement devenues amies et complices artistiques, les deux jeunes femmes ont uni leurs talents pour donner naissance à Krabe, un projet de design de mode entièrement fait au Québec. Je les rencontre au café qui a vu naître leur projet et dont la boutique attenante, l’atelier Oui Manon, leur sert désormais de lieu de création.

« Aujourd’hui, c’est une bonne journée ! » lance Virginie. « On a reçu des nouveaux tissus ce matin. On avait l’air de deux petites filles à Noël. »

À voir la fébrilité et l’enthousiasme de Virginie, on comprend à quel point la personnalité des fondatrices de Krabe se reflète dans leur travail ; leur bouillonnement, leur facilité d’émerveillement, leur audace et leur joie de vivre transparaissent dans leurs créations.

Q. D’où est né le projet ?

VR : Élizabeth rêvait d’avoir une collection avec ses designs [de vêtements]. De mon côté, j’étais capable de confectionner des choses assez simples, comme des coussins. Mais j’ai réalisé que de faire des choses un peu plus complexes, comme un tablier, par exemple, ça impliquait des détails de coutures auxquels tu ne penses pas… Et à force de parler avec Éli et de lui demander des petits trucs, on a commencé à rêver à des projets qui pourraient rassembler nos deux passions.

C’est maintenant chose faite. Depuis août 2015, les deux acolytes travaillent sur leur première collection de vêtements pour femme.

Q. Qu’est-ce qui vient en premier, le motif ou le modèle de vêtement ?

ÉP :  Moi je pense coupe et patron en premier, Virginie pense motifs. Mais on a la même vision du produit. En fin de compte, on réussit bien à jumeler nos idées ensemble. On fait un amalgame de ses motifs et de mes vêtements, ça se modifie et ça se métamorphose en super collection de mode !

Q. Quel est le lien entre la mode et l’art ?

VR : Je crois qu’au-delà des tendances, la mode c’est une forme d’art qui a le pouvoir de changer les mentalités. C’est politisé, contestataire, provocant. Ça influence des générations entières et ça permet aux gens de s’exprimer.

 Q. Votre atelier est situé dans la boutique Oui Manon, dans Villeray, un quartier où l’on retrouve déjà beaucoup de petits commerces d’artisanat et de vêtements québécois. Est-ce un avantage ou un inconvénient ?

VR : En fait, je crois qu’on occupe une place qui n’est pas encore comblée. Ici, au Québec, peu de marques ont leurs propres motifs. Nous, on utilise nos créations, c’est ça qui est notre force.

Il s’avère que cette force est un atout extrêmement dispendieux. À elle seule, l’impression des motifs représente 15% du coût de production des vêtements de Krabe. Cette réalité explique pourquoi il est si fréquent de retrouver, dans les créations des designers québécois, des tissus achetés ailleurs.

VR : On fait faire le tissu ici, c’est vraiment ça le gros trip pour nous : de pouvoir faire quelque chose d’exclusif. C’est l’fun d’oser et de faire des trucs qu’on ne voit pas actuellement sur le marché.

Q. Est-ce difficile de vivre de l’artisanat au Québec ?

VR : Oui ! On ne s’imagine pas tous les efforts que cela demande… Oui, il y a la partie agréable d’aller dans les vernissages et tout, mais il y a beaucoup d’autres choses à faire aussi… Faut que tu crées, que tu fasses ta commande de matériaux, que tu fasses tes recherches, que tu alimentes ta page Facebook… Mais au-delà de tout ça, je pense que c’est difficile d’imaginer tout le temps qu’on met pour développer nos idées et les travailler. C’est loin d’être tout cru dans le bec.

Afin de se donner un petit coup de pouce, Krabe mène présentement une campagne de financement. Tous les dons seront traduits (à une valeur bonifiée) en bons d’achat échangeables à la boutique d’artisanat Krabe-Éphémère, qui aura lieu du 11 au 15 févier 2016. Outre Krabe, l’événement réunira de nombreux artisans québécois.

VR : On a contacté environ 40 artisans et il y en a à peu près 30 qui participent. Je suis fière qu’on ait réussi à faire ça. On n’a pas juste créé nos produits, on a mis sur pied un événement, quelque chose qui va au-delà de « faire parler de nous », qui a une mission parallèle et vient promouvoir la production locale.  On veut essayer de rendre ça [l’événement] le plus le fun et le plus rassembleur possible.

Mise à part la difficulté de trouver du financement, l’artisanat a ceci de particulier que seuls les passionnés purs et durs parviennent en vivre. Heureusement, les deux créatrices de Krabe semblent toutes indiquées pour y parvenir.

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Crédit photo : Page Facebook de Krabe

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Fanny C. Laurin

Auteur Fanny C. Laurin

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