Fendre les lacs pour remonter à la surface

daph

Fendre les lacs est une pièce mise en scène par Steve Gagnon qui sera présentée au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 26 mars. Une œuvre juste sur tous les points: scénographie, auteur, jeu, texte.

Va voir ça. Juste parce que c’est bon.

Juste parce qu’en entrant, tu vas

Tu vas capoter sur le décor, je veux dire l’ambiance

l’atmosphère des régions

des régions du Nord ou de l’Est ou peu importe

régions dans le bois, dans le fin fond de la forêt

du Québec dans le fond du monde.

 

Juste pour voir le lac

Oui un lac, ben pas un vrai lac, un grand récipient rectangulaire, mais qui joue le rôle du lac.

Les acteurs vont se promener dedans tout le long;

pendant la pièce, on entend les pas difficiles retenus par l’eau trouble du lac.

C’est l’fun à voir, mais ça donne une ambiance lourde.

Les mouvements sont difficiles.

Les personnages sont retenus pognés dans l’eau pognés dans leur petite communauté reculée dans le fin fond du monde.

 

Va voir Fendre les lacs, juste pour découvrir l’auteur

qui est un acteur, un comédien de formation, il a étudié au conservatoire de Québec, je veux dire, mais il a écrit Fendre les lacs, il l’a mis en scène

il a fait les deux, en tout cas c’est bon.

C’est ben québécois, ils parlent québécois, sauf une, qui détonne un peu

la comédienne détonne.

Elle s’exprime par un langage trop soutenu pour l’univers imposé par la pièce. Une volonté de montrer un talent et un travail d’acteur, certes non nécessaire et parasitaire.

 

T’sais, ça détonne

dans la belle ambiance, celle que Steve Gagnon nous montre, pas belle comme dans c’est beau, jolie, belle dans le sens de bien faite, l’esthétique est juste.

Mais c’est laid, pis c’est ça que l’auteur nous fait comprendre

que les personnages nous font comprendre.

Du monde pogné au creux du monde, au creux d’un lac.

Ils savent pas

comment sortir

comment partir

comment nager

jusqu’à la surface, jusqu’à l’air, ils n’ont plus de souffle, pognés sous l’eau.

Pis même l’air les soulage pas, à cause de la fumée, du brouillard, qui donne un effet tellement beau, mais suffocant.

C’est bien fait.

 

Juste pour un personnage en particulier,  une actrice wow pour vrai.

Claudiane Ruelland, juste pour elle, va voir la pièce.

Au début, tu vas pas être sûr, à cause de son jeu un peu décroché, voire fou, parce qu’est folle t’sais, pas l’actrice là, le personnage

Louise.

Elle crie en plein milieu du lac, comme une folle, comme une oie pas de tête.

Mais ça prend tout son sens à la fin.

Une oie qui perd la tête à cause d’un loup

qui est un autre personnage, Thomas.

Un monologue vrai, comme une vraie fille qui aime pour vrai

qui donne tout pour l’amour, que tous ses mots sont pour l’amour qu’elle a

pour le gars qui lui a arraché la tête.

 

Pour le texte, si t’es pas encore convaincu, va juste la voir pour le texte, ou au pire va la lire.

C’est écrit en vers,

mais y’a pas de rimes.

Les vers sont là pour créer un réalisme que la prose ne donnerait pas, je veux dire,

vu que c’est en vers, c’est comme si c’était écrit avec les pauses et les bégaiements du parler.

Comme ce que je viens de faire un peu,

écrire toute croche veut pas dire,

ben ça veut pas dire que parce que ce que j’écris est tout croche que ça veut rien dire.

Ça montre juste que, des fois, tu sais juste pas trop comment le dire.

Fack, je sais pas trop comment te le dire, mais t’as compris,

Va la voir ou la lire ou le lire, Steve Gagnon.

Pis on va se comprendre.

 

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