Avoir bon cœur

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Crédit photo : Post-Moderne

«Le sexe avec lui est écoeurant. Il aime ça quand je m’assois sur sa face.»

C’est d’un ton morne et le visage dénué d’émotion que Jeannette Leduc avoue à son conjoint qu’elle voit quelqu’un d’autre. Il faut le dire, ce dernier l’a cherché : il ne lui a pas fait l’amour depuis deux ans. Même son petit numéro de danse lascive ne l’excite plus. Mais depuis qu’elle a reçu son nouveau cœur, Jeannette n’est plus la même. Elle a une deuxième chance, une deuxième vie.

Le cœur de Madame Sabali est le premier long métrage en français du réalisateur canadien Ryan McKenna. Le cinéaste originaire de Winnipeg souhaitait d’abord et avant tout, avec ce film, diriger la comédienne Marie Brassard (qui incarne Jeannette) dont il admire les talents. «Je trouve [Marie] très intéressante comme artiste. Elle n’a presque pas besoin de dialogues pour montrer beaucoup d’émotions», a-t-il souligné en entrevue.

On comprend facilement son  penchant en visionnant le film. D’un genre mi-comique, mi-dramatique, l’essentiel de Madame Sabali repose dans les silences, dans les longs regards que se lancent les personnages et dans les malaises qui s’en dégagent. Un style audacieux et frais, semblable à celui de Stéphane Lafleur dans Tu dors Nicole, mais avec un aspect visuel plus travaillé. Les couleurs sont vives, les cadres sont soigneusement mesurés et les images parlent d’elles-mêmes. Le cauchemar récurrent qui hante les nuits de Jeannette, au cours duquel elle se fait poignarder à la piscine publique, est particulièrement bien réalisé.

Le scénario s’appuie sur la théorie de la mémoire cellulaire, qui veut que les organes renferment des traces de notre personnalité, de nos goûts et de notre passé. Ainsi donc, lorsque Jeannette, une femme malade et dépressive, reçoit le cœur d’une femme malienne, sa vie change considérablement. Elle devient carnivore, rêve de gens qu’elle n’a jamais vus, mais qui lui semblent étrangement familiers. Le fils de la donneuse la retrouve, guidé par l’espoir que sa mère existe toujours à travers elle.

Malgré son histoire originale et sa technique cinématographique impeccable, l’oeuvre n’est pas très entraînante. Le jeu des silences s’étire un peu trop longtemps et on sent que le scénario n’est pas assez substantiel ; le film paraît long bien qu’il ne dure à peine plus d’une heure. Sa bande-annonce met au jour une ambiance plus dynamique, plus comique que celle  présentée. On ne rit pas si souvent, ou du moins on rit jaune.

Le cœur de Madame Sabali s’adresse principalement aux cinéphiles aguerris en quête de nouveauté et aux amateurs de films québécois. Malgré quelques défauts de fond, ce film n’en demeure pas moins charmant et authentique dans sa forme.

3/5

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Crédit photo : AlloCiné

Philippe Lemelin

Auteur Philippe Lemelin

Étudiant en journalisme, musicien et passionné de cinéma, Philippe est curieux de nature et friand de nouvelles découvertes.

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